5 février 2008

Grêve générale des fonctionnaires palestiniens

La police opère une descente dans le centre de Ramallah,
DR Nadia Sweeny
Depuis mardi, le secteur public palestinien est en grève générale. Les fonctionnaires se soulèvent contre une décision gouvernementale, les forçant à payer leurs factures en retard depuis l’arrivée au pouvoir du Hamas.

Plus de 130 000 fonctionnaires palestiniens sont en grève générale mardi 5 et mercredi 6 février, ayant pour conséquence la fermeture de toutes les écoles publiques et le ralentissement du travail des ministères et des hôpitaux gouvernementaux.


Les fonctionnaires s’opposent  à une nouvelle loi gouvernementale qui les force à payer, avant le 25 janvier 2008, sous peine de sanctions, leurs factures d’électricité et d’eau, impayées depuis l’élection du Hamas au parlement. Le boycotte des aides internationales faisant suite à la victoire du parti islamique, avait eu pour conséquence le non paiement des honoraires des employés qui ont donc pris du retard sur le recouvrement de leurs factures.« Ils ne nous ont pas payé pendant un an et demi et ils nous forcent à payer les factures d’un coup, lance Bassam Zakarna, directeur de l’Union des employés du secteur public.  Nous ne sommes pas contre l’idée, mais contre la manière de faire ! ».

Si les fonctionnaires récalcitrants ne paient pas, ils verront un pourcentage de leur salaire automatiquement prélevé et le refus  des institutions de toute délivrance de papiers officiels. « Nous devons nous présenter avec un papier prouvant que nos factures sont à jour. Cela revient à une accusation générale et chacun doit aller prouver son innocence, s’exclame Bassam Zakarna. Je ne comprends pas pourquoi le gouvernement s’implique la dedans, les compagnies d’électricité et d’eau sont sensées être du secteur privé. » Les revendications des fonctionnaires sont multiples. Outre l’annulation de cette loi, ils demandent le paiement, d’ici la fin 2008, des salaires impayés durant la période de boycotte, l’ajustement de leurs salaires à l’augmentation de prix, ayant atteints 40%, le paiement des salaires pour les familles de « martyrs » et une aide pour les transports des fonctionnaires, parfois chers à cause des forces d’occupation israélienne.

La situation est tendue. Le ton est monté vivement entre les Unions de travailleurs et les membres du gouvernement, notamment le premier ministre Salam Fayyad et le ministre de l’information et des affaires étrangères, Ryiad Al Maliki. Ce dernier s’est insurgé contre une comparaison, faite par M. Zakarna, entre les actions gouvernementales et une décision du même type, prise en 1987 par le gouvernement israélien contre des citoyens palestiniens. Zakarna a décrit cette décision comme celle d’une « force d’occupation ». Riyad al Maliki a demandé l’ouverture d’une enquête sur ces allégations, qui selon lui, « indique un manque certain de patriotisme.» Le ministre a de plus affirmé que le gouvernement palestinien voulait « recouvrir une perte annuelle de 500 millions de dollars, due aux factures impayées » et lutter « contre la culture du non paiement. »

Le président de l’Union des professeurs, Jamil Shahada, a ouvertement répliqué que « celui qui parle de culture du non paiement est un inculte. » M. Shahada, leader incontesté du Fatah et ancien conseiller de Yasser Arafat, explique cette levée de bouclier gouvernementale par son appartenance et celle de M. Zakarna, au leadership du Fatah. « Les membres du gouvernements ne sont pas affiliés au Fatah et pensent que nous faisons ce type d’action pour renforcer le pouvoir de notre parti politique, mais c’est faux » indique-t-il. Un entretien officieux a eu lieu ce lundi soir entre les directeurs d’unions et les ministres impliqués.

Mais les garanties apportées par le gouvernement palestinien n’ont pas satisfait pleinement les directeurs d’unions qui ont décidé la poursuite de la grève. D'autres entretiens doivent avoir lieu, devant déboucher sur la décision d’une éventuelle prolongation du soulèvement à la semaine prochaine.

Nadia S.

1 février 2008

L'intifada des neiges

DR Nadia Sweeny

La Cisjordanie est sous la neige. Le gouvernement a décrété un état d'urgence suite aux prévisions météorologiques catastrophiques de cette semaine.

Les météorologues sont plus efficaces que les politologues, c'est déjà ça de gagné. La tempête politique israélienne annoncée et attendue suite à la publication du rapport Winograd sur la guerre au Liban n'a pas eu lieue, mais au même moment, le ciel se déchaînait dans la région. 
Trois jours de couvre feu forcé à Ramallah ont suffit pour rassurer les esprits : certaines prévisions tombent juste. La neige a donc envahit, comme prévue, toute la Cisjordanie. A Ramallah, des batailles rangées de boules de neige ont été organisées par les jeunes palestiniens en mal d'amusement. Entre les soldats en keffieh, arpentant les rues à la recherche de victimes potentielles et les snipers sur les toits, armés de boules glacées, chaque passant en a pris pour son compte. Les jeunes s'entraînent à la troisième Intifada, annoncée par de grands experts ici et là suite à l'ouverture de la frontière entre Gaza et l'Egypte à Rafah. Non, n'allons pas si loin, les jeunes se sont juste détendus et amusés, s'étant vue refuser l'entrée des écoles, universités et boulots, de part l'annonce d'un état d'urgence gouvernemental due à la tempête de neige qui a déferlé sur la région. Quoi qu'il en soit, la bonne humeur règne à Ramallah et les palestiniens goûtent aux plaisirs de la neige, de courte durée dans cette partie du monde. Les jeunes se sont déchaînés et peu importe ce que les gens en pensent, ils vous coursent dans les rues armés de boules blanches et près à vous transformer en bonhomme de neige, et même si vous n'êtes pas d'accord, personne ne viendra vous sortir de votre igloo, pas même les policiers palestiniens, armés de vrais flingues, hilares, qui semblent jouer les arbitres : c'est la règle de l'Intifada des neiges...


Nadia S.

28 janvier 2008

La Palestine en deuil, Abbas en danger

DR Nadia Sweeny
L'Autorité Palestinienne a décrété un deuil de trois jours suite à la mort, samedi soir à Amman, de George Habache, le fondateur du Front Populaire de Libération de la Palestine, parti gauchiste encore inscrit sur la liste internationale des organisations terroristes. Mais même dans le deuil, les dissensions demeurent.

Dimanche soir, le rituel traditionnel des condoléances s'est déroulé à la Moqataa de Ramallah, où chacun pouvait entrer et serrer la main des leaders des partis membres de l'OLP. Cette sélection exclue évidemment, le Hamas et le Djihad Islamique. Pourtant, ce dernier, depuis Gaza, a exprimé sa tristesse devant la mort d'un leader incontesté et emblématique de la cause palestinienne.

Les palestiniens, venus nombreux, ont donc eu l'occasion de rencontrer pour quelques secondes et sous surveillance rapprochée, leur président et son équipe. L'ambiance était au recueillement devant la mort de Habache, né dans la Palestine sous mandat britannique, et devenu réfugié après la création, en 48, de l'état d'Israël. Cependant, chacun sait ici, que le FPLP et le Fatah sont en désaccord sur beaucoup de points et notamment sur la poursuite de la lutte armée contre Israël. Mahmoud Abbas a été vivement critiqué par le comité central du FPLP pour ses déclarations sur les "roquettes futiles" envoyées de Gaza sur le territoire israélien. Le dernier communiqué du parti populaire parle même de continuer activement la résistance, notamment par le biais de leur milice armée : les brigades Abu Ali Mustafa, du nom du prédécesseur de Habache à la tête du FPLP, assassiné en 2001 par l'armée israélienne.

Mouvement terroriste
Pour l'occasion, Abderahim Malouh, actuel leader du parti populaire, se retrouve aux côtés du président Abbas sous la photo du défunt, à la Moqataa. Le FPLP à tendance marxiste-léniniste, est considéré par la communauté internationale comme un mouvement terroriste depuis le détournement d'un avion de la compagne El Al, le 23 juillet 68. Il est détesté par nombre de pays arabes, dont en première ligne la Jordanie. En effet, Habache a été obligé de fuir la Jordanie pour la Syrie en 1957, étant vivement recherché pour son activisme politique et son opposition au système monarchique jordanien. Le FPLP a de plus, grandement payé le prix de son activisme, notamment lors du "septembre noir", en 1970, où la répression jordanienne sur les palestiniens a atteins son paroxysme. Or, coup du sort, c'est précisément dans ce pays que le leader incontesté de la révolte palestinienne a rendue l'âme.

Le président Abbas doit, ce lundi, participer aux funérailles à Amman avant de se rentre en Egypte pour tenter de régler le casse tête de Rafah, que le Hamas a judicieusement ouvert au moment opportun, tirant largement la couverture de sympathie populaire à son avantage, faisant ainsi un pied de nez remarquable au gouvernement israélien et à l'Autorité Palestinienne. Abbas demandait depuis un bon moment l'obtention du contrôle de Rafah... mais Israël refusait et imposait une pression constante. Hamas a réglé momentanément le problème. 

Les palestiniens en rêvaient, le Hamas l'a fait
Le Hamas répond précisément et de manière judicieuse aux exigences d'une population affamée par un blocus stricte.Il se rachète une conduite depuis la prise de pouvoir violente de la bande de Gaza en juin 2007 et propose à Abbas de négocier la gestion de Rafah. Main tendue vers le Fatah, sur laquelle ce dernier crache officiellement. Cependant, selon le bureau du président, Mahmoud Abbas doit se rendre en Syrie après son passage au Caire.

Va-t-il rencontrer le chef du Hamas, Khaled Meshaal pour ouvrir un dialogue officieux ? Abbas est en danger politiquement : sa côte de popularité est en baisse constante. Il a perdu Gaza, se rapproche dangereusement d'Israël et des US, en dénigrant le combat armé contre l'occupant et refuse, en accord avec Israël, tout dialogue pour régler les scissions inter-palestiniennes. Un ensemble de qualificatifs qui n'inspire pas confiance à la rue palestinienne.


Nadia S.

24 janvier 2008

Marée humaine venue de Gaza

Mercredi 23 janvier, au matin, la frontière entre l’Egypte et la bande de Gaza a été ouverte à coup d’explosifs. Une marrée humaine palestinienne s’est ruée dans les villes égyptiennes pour se ravitailler suite à la crise humanitaire déclenchée par le blocus israélien. 

Mercredi dans la matinée, des hommes en armes ont posé des explosifs le long de la frontière entre l’Egypte et la bande de Gaza, créant une vingtaine d’ouvertures sur un kilomètre de la barrière métallique de séparation. Une marrée humaine venant des territoires palestiniens s’est alors ruée sur les villes égyptiennes alentours afin de faire des provisions en nourritures, habits et diverses marchandises qui ont atteints un prix exorbitant dans la bande de Gaza, suite au blocus israélien.

Les Nations Unies évaluaient mercredi à 350 000 personnes, la masse humaine qui se déplace d’un territoire à l’autre. Le gouvernement israélien pour sa part, parle de moins de 100 000 palestiniens. Les gardes frontières égyptiens n’ont pas tenté, après l’émeute de mardi, de s’interposer face aux habitants palestiniens. Le président Mubarak a ordonné à ses troupes de ne pas empêcher les palestiniens d’entrer et de se ravitailler sur le territoire égyptien, tout en prenant ses dispositions mercredi pour éviter aux palestiniens de s’enfoncer plus dans le territoire égyptien et notamment de rejoindre le Caire : le pont d’As-salam, traversant le canal de Suez, a été fermé.

L’ambassadeur d’Egypte à Ramallah s’est refusé à tous commentaires sur la crise de Rafah en elle-même, cependant, dans une interview exclusive, il a assuré « que les 750 soldats égyptiens placés à la frontières ne sont pas assez nombreux. Ils se relaient toutes les huit heures, par trois changements de 250 soldats. L’Egypte demande a Israël d’ajuster ce nombre aux besoins sécuritaires de la frontière, » mais Israël refuse en permanence. « Que pouvons nous faire ?, demande M. Akl. Nous considérons le Hamas comme partie intégrante de la Palestine et nous sommes attachés aux négociations avec eux. » affirme-t-il.

Rafah : point de discorde
C’est la seconde fois que le point de passage de Rafah est ouvert aux palestiniens de Gaza, sans l’agrément d’Israël. La première concernait les 2 500 pèlerins palestiniens qui ont refusé de passer par Israël pour se rendre en Egypte puis en Arabie Saoudite pour le pèlerinage à la Mecque. Cette ouverture momentanée avait déjà crée un tollé dans les relations israélo-égyptiennes. Tzipi Livni, ministre des affaires étrangères israélienne, assurait alors que la gestion de la frontière entre Gaza et l’Egypte était une catastrophe, accusant le Hamas de se ravitailler, par ce biais, en armes et liquidités servant à la lutte contre Israël.

Ce jeudi, nombre d’officiels israéliens se sont empressés de déclarer qu’à partir de mercredi, l’Egypte devait prendre la responsabilité de la bande de Gaza, pour lui fournir aide humanitaire, électricité et nourriture. « Nous devons comprendre que lorsque que Gaza est ouvert sur un autre bord, nous perdons sa responsabilité. Nous voulons donc nous en défaire, » A ainsi déclaré Matan Vilnai, député ministre de la défense. Certaines sources affirment que le Hamas avait prévu ce coup depuis plusieurs mois, tout en avisant les autorités égyptiennes à l’avance. Le parti islamique attendait simplement le bon moment pour ouvrir la frontière et ainsi casser le blocus israélien sur les habitants palestiniens. Le Hamas gagne en légitimité, notamment après l’appel de Khaled Meshaal, leader du groupe islamique en exil à Damas, et d’Ismaël Haniyeh, pour offrir le contrôle de Rafah à l’Autorité Palestinienne de Ramallah et à l’Egypte. « Nous au Hamas et nos frères du gouvernement palestinien dirigé par Ismaël Haniyeh déclarons que nous sommes près à négocier avec nos frères à Ramallah et en Egypte, sur comment administrer le point de passage », a ainsi déclaré M. Meshaal. Des négociations se sont ouvertes d’urgence entre le Hamas et l’Egypte, le gouvernement palestinien de Ramallah se refusant à tout dialogue avec le groupe islamique au pouvoir à Gaza. Le ministre des affaires étrangères égyptien a déclaré jeudi que la frontière avec Gaza resterait ouverte tant qu’il y aura une crise humanitaire dans la bande côtière.


Nadia S.

16 janvier 2008

Gaza : 19 morts remettent en cause le processus de paix

19 morts et une cinquantaine de blessés : c’est le constat final de l’attaque israélienne massive sur la ville de Gaza ce mardi 15 janvier. Toutes les voix des factions palestiniennes se sont jointes pour dénoncer ce « massacre », qui donne un sérieux coup aux négociations de paix.


Mahmoud Abbas et son équipe, ont exprimé leur colère face au « massacre » perpétré dans la bande de Gaza par l’armée israélienne ce mardi. Le bilan de l’invasion militaire effectuée par les tanks et hélicoptères israéliens sur Sejaiyeh et Zaitoun, dans la banlieue de la ville de Gaza, est lourd : 19 morts, dont cinq civils et une cinquantaine de blessés. Depuis le premier janvier 2008, 55 palestiniens ont été tués dans la bande de Gaza, suite à des incursions militaires israéliennes. L’Autorité Palestinienne a menacé de stopper les négociations de paix. Ahmad Qorei, chef palestinien des négociateurs, a déclaré que « ce massacre place des obstacles et crée des difficultés pour les négociateurs. » Cependant, Riyad Al Maliki, ministre palestinien des affaires étrangères et de l’information, a affirmé que les « négociations ne sont pas connectées à ce qui se passe tous les jours. » Lors de sa conférence de presse, mardi, le ministre a tout de même accusé les israéliens de « crimes, devenus une routine à Gaza. C’est contre les droits de l’Homme et nous travaillons pour stopper ces attaques. Nous ne voulons pas rester là, à regarder, s'est-il exclamé. Nous avons contacter le Quartet pour faire pression sur les israéliens et nous demandons l’intervention d’une force internationale pour protéger le peuple palestinien. » Cette demande avait déjà été formulée mainte fois par le gouvernement de Ramallah, cependant, toutes les autres factions palestiniennes considèrent qu’une force internationale serait une seconde occupation.

Lors de l’attaque israélienne de mardi, le fils de Mahmoud Zahar, leader incontesté du Hamas, a été tué. Le groupe islamique a décrété un deuil national de trois jours. Le gouvernement d’Abbas a adressé ses condoléances à la famille Zahar et a appelé la population de Cisjordanie à ne pas ouvrir boutique ce mercredi, en commémoration pour les habitants de la bande côtière. Mais Mahmoud Zahar a attaqué de front la politique de Mahmoud Abbas : « C’est la volonté d’Abu Mazen et de ses collègues, les collaborateurs avec Israël et les espions de l’Amérique, affirme-t-il avant d’ajouter que cette attaque est l’un des résultats de la visite de Bush, qui encourage les israéliens à tuer notre peuple. » Ismaël Haniyeh, premier ministre de facto du gouvernement Hamas à Gaza, a dénoncé l’attaque israélienne et a fait un don de sang pour les blessés.

Du côté israélien, on s’inquiète. Le Hamas, qui depuis sa prise de pouvoir ne s’était pas impliqué directement dans l’envoi de roquettes vers Israël pourrait changer ses positions. Suite à cette invasion, le nombre de roquettes envoyées sur le territoire israélien s’est décuplé. Une quarantaine d'entres elles ont touchées le désert du Néguev et la ville de Sderot mardi, faisant plusieurs blessés. Les brigades Ezzedine al Qassam, affilié au Hamas, ont clamé leur responsabilité pour l’assassinat, par un snipper, d’un israélien dans le kibboutz de Ein Hashlosha, non loin de la frontière sud de la bande de Gaza. Elles déclarent, de plus, avoir tirer plus de 45 roquettes ce mardi et l’envoi de 60 Qassams ce mercredi, 75 mortiers et trois missiles RPG. Ce chiffre s’ajoute aux 2 projectiles envoyés ce mercredi, par les brigades des martyrs d’al Aqsa, affiliés au Fatah, ainsi qu’aux sept des brigades al Quds du Jihad Islamique. Toutes les factions semblent se rassembler pour multiplier les attaques contre Israël. 

La menace d’une invasion israélienne de grande envergure plane. Des sources au sein des établissements de défense israéliens on déclaré que « le temps n’était pas venu pour conduire une opération de grande envergure sur le terrain, mais cela pourrait être le cas si l’augmentation des tirs de roquettes continue. » Selon le quotidien israélien, Haaretz. Cette escalade de violence met en péril les négociations de paix, déjà impopulaire auprès des palestiniens.


Nadia S.

15 janvier 2008

Israéliens et palestiniens entrent dans une période charnière du processus de paix.

Ahmad Qorei et Tzipi Livni ont débuté, lundi, les négociations sur les sujets phares du conflit israélo palestinien. Au même moment, le conseil central de l’OLP se réunit pour décider de la dissolution du parlement palestinien, alors qu’en Israël, Ehud Olmert rencontre Advigdor Lieberman pour négocier le maintient du gouvernement de coalition.

Depuis Dimanche, les évènements politiques des deux parties : israélienne et palestinienne, sont particulièrement importants dans le déroulement du processus de paix, initié à Annapolis en novembre 2007. D’une part, le président palestinien Mahmoud Abbas a annoncé le début des négociations sur « les sujets phares » du conflit israélo-palestinien, à savoir le statut de Jérusalem, la question des réfugiés palestiniens et du droit au retour, les frontières définitives, les problèmes sécuritaires et la question des ressources d’eau. Se sont les deux chefs des équipes négociantes qui sont en charge de ces discussions difficiles : Ahmad Qorei pour la partie palestinienne, et Tzippi Livni, ministre des affaires étrangères, pour la partie israélienne. « Si nous parvenons à un accord sur ces sujets, alors nous pourrons dire que nous avons un accord de paix. » a annoncé Mahmoud Abbas.

Stabilité politique
En parallèle, palestiniens et israéliens tentent d’assurer leur stabilité politique réciproque. Dans les territoires occupés, le conseil central de l’OLP est entré en réunion depuis dimanche, afin de discuter de l’éventuelle dissolution du parlement palestinien (PLC), tenu par le Hamas depuis les élections de 2006. Cette annonce, qualifiée de scandaleuse et d’illégale par les parlementaires liés au groupe islamique, précipiterait des élections législatives anticipées, proposées par le président Abbas depuis plusieurs mois, afin de mettre un terme au blocage institutionnelle que le parlement connaît depuis deux ans. Ahmad Bahar, parlementaire lié au Hamas, s’est indigné de cette possibilité, expliquant que « selon l’article 113 de la constitution palestinienne, personne n’a le droit de dissoudre le parlement. » Il accuse les parlementaires Fatah d’avoir boycotter les cessions parlementaires, et ainsi rendre le PLC inactif. « Le parlement a des réunions régulières, mais le problème c’est que les membres du Fatah ont boycotté les cessions. Ceci, s’ajoutant au fait qu’Israël a arrêté beaucoup de parlementaires Fatah, dont le Speaker, Abdel Aziz Dweik, » Insiste M. Bahar. La grande inconnue de ces éventuelles nouvelles élections législatives, est la bande de Gaza, qui risque de ne pas être impliquée dans le nouveau vote. Une réalité qui diviserait d’autant plus les deux territoires et qui rendrait difficile un processus de paix général.

Maintient
Du côté israélien, le premier ministre Ehud Olmert tente de maintenir son gouvernement en place. Olmert rencontre donc ce mardi, Avigdor Lieberman, secrétaire général du parti d’extrême droite israélienne : « Yisrael Beiteinu », membre du gouvernement de coalition. Avigdor Liebermann a, plusieurs fois, menacé le premier ministre de quitter le gouvernement de coalition si les négociations avec l’Autorité Palestinienne aboutissaient. Il a réitéré ses menaces, lors de l’annonce par Olmert de sa volonté d’évacuer les colonies sauvages ou Outposts, présents dans les territoires palestiniens. Cependant, nombre de sources indiquent que même si Liebermann quittait le gouvernement, Olmert tenterai de rallier un autre parti à la coalition : Unité Torah Judaïsme.

Israéliens et palestiniens, au début des négociations sérieuses sur les sujets phares du conflit, tentent de maintenir et d’asseoir leur pouvoir politique interne afin de stabiliser la situation. Des efforts remarquables, qui s’ils aboutissent, pourraient construire une base plus solide à un éventuel accord de paix. Cependant, l’épine dans le pied du processus de paix, resterai la question de la bande de Gaza, sous contrôle exclusif du Hamas depuis juin 2007.


Nadia S.

11 janvier 2008

La paix ? Un rêve...

Bethléem, pour la commémoration des fêtes de Noël.
DR Nadia Sweeny
La paix est un rêve auquel les palestiniens ne semblent plus croire aujourd’hui et la visite du président américain ne change en rien cet état de fait. Le pessimisme est au rendez vous et, à Ramallah, chacun continu sa petite vie sans s’investir plus que d’habitude dans le débat politique engagé.


« La visite de Bush ne changera rien dans ma vie, déclare Ahmad, manutentionnaire de 27 ans, vivant à Ramallah. Tous les présidents américains, à la fin de leur mandat, veulent la paix et à chaque fois on n’obtient rien. La politique américaine a toujours soutenu les israéliens, jamais les arabes, et il n’y a pas de raisons que ça change. » Insiste le jeune homme, portant ses cartons. « Aujourd’hui, nous avons juste deux choix : la politique américaine ou iranienne. Moi, je ne veux ni l’un ni l’autre. La politique est sale et pour moi, la paix est un rêve inaccessible. La solution viendra du ciel. » Conclu-t-il. Ashraf, son collègue du même âge, n’attends pas plus de la démarche du président des Etats-Unis : « Il n’y aura pas de paix si les israéliens restent dans les terres de 67 car nous n’aurons pas de possibilités d’établir notre état. explique-t-il. Dans un premier temps, les américains et les israéliens devraient s’accorder pour stopper les attaques contre les palestiniens. Depuis Oslo en 1993 la situation est la même, rien n’a changé. » Se désole-t-il.

Le président Bush est dans la ligne de mire de l’opinion publique palestinienne et chacun se demande pourquoi, en fin de mandat, il s’investit dans un processus de paix. « Cela fait 7 ans qu’il est président des Etats-Unis et il se réveil que maintenant ? » se demande Nesreen 25 ans, pharmacienne. « Il ne fera rien. Nous vivons dans la misère depuis plusieurs années et nous continuerons à vivre dans la misère. Ils n’ont jamais rien fait pour nous, ni les israéliens, ni les américains, ni même Mahmoud Abbas. Je ne leur fais pas confiance. » Conclut-elle. Reem, 32 ans, est d’un avis plus drastique. « Même dans la bible il est écrit « la terre sainte est une terre de paix qui ne verra jamais la paix. » et c’est vrai. S’exclame-t-elle. Nous sommes nés dans cette saleté et nous n’en sortirons pas. Nous étions mieux lorsque nous étions à 100% sous occupation israélienne, car nous avions certes les mauvais cotés de l’occupation, mais nous bénéficions aussi des bons comme le droit de se déplacer librement, la haute technologie, l’éducation etc. Aujourd’hui, nous n’avons que la violence et l’oppression. » Explique Reem. « Je me sens désolée pour Mahmoud Abbas, car il doit gérer Israël d’un côté, le monde de l’autre, les palestiniens avec le Hamas etc., mais nous ne savons pas diriger un état, nous sommes des gens négatifs car nous avons appris à être négatifs. Il n’y a pas de solutions. » Conclu-t-elle.

Les efforts américains ne trompent pas les palestiniens : « Je n’attends pas grand-chose de la visite de Bush car je pense que c’est une campagne de relation publique. » Déclare Tayseer, 47 ans, artiste peintre originaire du camp de réfugiés de Jabaliya, dans la bande de Gaza. « J’espère, mais je ne pense pas que nous obtiendrons quelque chose de sérieux de cette visite. J’apprécie qu’ils commencent à parler du cas israélo-palestinien et qu’ils prennent du temps et des efforts pour essayer de le résoudre. » Admet-il. « Je pense que nous devons négocier. C’est le seul moyen, car la violence ne donne rien, ni à l’un ni à l’autre. Nous devons vivre sur la même terre et être ami. Ce n’est pas facile pour nous, palestiniens, d’oublier 78% de la Palestine, mais c’est la vie. » Explique calmement Tayseer. Sa vision de la politique américaine a quelque chose de désuet : « Parfois, je trouve la politique américaine stupide : ils gèrent l’Irak et le conflit israélo-palestinien, comme un jeu. Ce n’est pas solide. » Convaincu que le président Abbas tente du mieux qu’il peut d’établir la paix, Tayseer révèle son angoisse : « Ils disent toujours que les palestiniens refusent tout. Abbas dit non, je ne refuse rien, discutons. Donc, il aide. Mais si il n’y a pas de résultats, si après les négociations, rien ne se passe, la violence deviendra la seule solution. » S’inquiète-t-il. « Si Abbas échoue, se sera un message claire pour les gens ici et la violence sera la seule voie. J’espère que les américains et les israéliens comprennent ça. » Conclu l’artiste. Georges W. Bush n’a donc pour le moment, pas convaincu la rue palestinienne qui reste persuadée que la paix est un lointain mirage.


Nadia S.

10 janvier 2008

Bush en visite

George W. Bush a été accueilli en grande pompe ce jeudi matin à Ramallah par le président Mahmoud Abbas. Malgré la confirmation par Ehud Olmert des constructions coloniales à l’Est de Jérusalem, Bush promet un état palestinien, comme première étape de la paix.

Pour des raisons météorologiques, le président américain s’est rendu en Cisjordanie par la route. Les villes de Ramallah et de Bethléem ont été complètement bouclées et la sécurité palestinienne a semble-t-il prévenu les habitants des deux villes de ne pas rester devant leur fenêtre, ou même en haut des colline de la ville, par peur des tirs de snipers américains, déployés dans toute la zone.

Malgré l’appréciation, par le président américain, du caractère exclusivement juif de l’état d’Israël auquel les palestiniens sont opposés, Georges W. Bush et Mahmoud Abbas sont apparus décontractés lors de leur conférence de presse ce jeudi matin à la Moqataa de Ramallah. Le président Abbas a réitéré la demande des palestiniens de voir stopper « la souffrances des gens et de leur familles, de pouvoir se déplacer librement, sans check points ou routes séparées, sans colonies qui se développent sur leur terre. » Mahmoud Abbas a été « appelé à continuer son travail pour renforcer les règles de la loi », et d’appliquer des « réformes politiques, économiques et financière avec transparence pour construire un état moderne et démocratique. »

Les officiels parlent...

S’adressant au président Bush, Abbas a déclare qu': « avec nos voisins israéliens, sous vos offices, nous allons, par la voie des négociations naturelles, discuter les statuts finaux, que nous espérons terminer avant la fin de votre terme, mettant ainsi fin à l’occupation qui a commencée en 1967 et établir notre état palestinien avec Jérusalem Est comme capitale. » Le président palestinien, a voulu rendre hommage à l’implication américaine et au sérieux de la visite présidentielle de Georges Bush. « Soyez sur M. Le président, que la paix dans le monde commence ici, sur la terre sainte. » déclare ainsi, le président palestinien.George W. Bush, pour sa part, s’est dit confiant dans le processus de paix, affirmant que l’état palestinien verra le jour et qu’un traité sera signé : « Israéliens et palestiniens doivent se rencontrer et faire des choix importants. Je crois que c’est possible et que ça va arriver. Il y aura un traité de paix signé. (…) Je suis sûre qu’un état palestinien va émerger, constituant la première étape de la paix. » 

Réitérant son programme en trois phases : négociations, règlements de problèmes de la Feuille de Route et aide à l’Autorité palestinienne dans le fondement d’une économie stable et des forces de sécurité efficaces, Bush affirme que « Le fait que les actions israéliennes ruinent les efforts des forces de sécurité palestiniennes et l’autorité du gouvernement palestinien, est quelque chose avec lequel nous ne sommes pas d’accords et nous avons été claire sur cette position. »

... et la colonisation continue

Cependant, questionné à propos de la colonisation, le président Bush n’a pas pu affirmer qu’Israël gèlerait ses colonies en Cisjordanie. Ehud Olmert a réitéré, suite à sa rencontre avec le président américain mercredi, que les colonies construites à l’Est de Jérusalem ne seraient pas gelées, bénéficiant d’un statut particulier. « Nous avons été claire, le statut de Jérusalem est différent des autres colonies » a martelé le premier ministre israélien. Face à ce refus, Georges Bush s’est rabattu sur la situation des outposts, ou colonies sauvages, déclarant qu' « Ils doivent être évacués ».

Le président américain s’est dit ne pas vouloir « imposer » un accord, mais simplement aider : « Les deux partis doivent arriver à un accord par eux même. » Bush et Abbas ont ensemble abordé le sujet de la lutte contre l’extrémisme : « Notre monde est dangereux, a déclaré le président américain. Il y a des gens qui tuent d’innocentes personnes pour achever un but politique. (…) C’est ce contre quoi nous luttons en Irak, en Afghanistan et au Liban. » Insiste George Bush, remerciant Abbas de sa compréhension sur ce sujet. « Ce n’est qu’en luttant contre la terreur que nous redéfinirons le futur des deux états. » Bush a de plus affirmé que lorsque les forces de sécurité palestiniennes seront efficaces, notamment sur ce sujet, les « check point ne seront plus utiles. » Il appel les autorités israéliennes a aider les forces de polices palestiniennes, car « ils doivent comprendre que c’est dans leur intérêt ».

Rappelant les obligations réciproques imposées par la Feuille de Route, le président américain semble débordant de confiance sur la collaboration israélo-palestinienne, malgré nombre de sujets épineux qui ternissent l’horizon d’accords sur les statuts finaux. Bush s'en est allé pour Bethléeem, sans même se recueillir sur la tombe d'Arafat. Au sein du gouvernement palestinien, « c'est un sujet qu'on n'a pas abordé » selon le bureau de presse de la Moqataa.

Nadia S. 

8 janvier 2008

Tentative de colonisation sauvage à Bil’in

Mohammad Khatib a été violemment attaqué par les colons 
pour avoir tenté d'empêcher l'extension de la colonie.  
Les colons ont tenté la semaine dernière, d’implanter un nouvel out post dans le village de Bil’in non loin de Ramallah, au centre de la Cisjordanie. Les habitants palestiniens tentant de s’interposer, ont été violemment attaqué par les colons sous les yeux passifs des soldats israéliens. Peu avant l’arrivée du président Bush, la question du développement de ces outposts, illégaux selon la loi israélienne, pose problème.

Mercredi vers 19h30, le village de Bil’in s’affole : les colons, de l’autre côté de la barrière électrique, installent de nouvelles caravanes sur les terres des villageois. « Se sont des amis qui nous ont appelé pour nous prévenir, explique Mohammad Khatib, membre du comité populaire des villageois. Nous avons tout de suite décidé d’aller sur les lieux pour prendre des photos. Les colons n’avaient pas fini, ils étaient en train d’installer les caravanes avec un camion leveur, continue l'homme. Nous avons donc décidé de nous mettre en dessous pour les empêcher de terminer. Ils se sont énervés et ont commencé à nous taper et nous envoyer des cailloux. Ils étaient une quinzaine. Nous n’étions que trois, Abdallah, moi et le cameraman car les autres ont été bloqués à la barrière par les soldats. Le cameraman a fini par s’échapper et les colons nous ont tapé. Ils ont finalement réussi à installer leur out post. Les soldats étaient là et ils n’ont rien fait ! » raconte Mohammad, le visage boursouflé d’ecchymoses. Les deux palestiniens ont été tabassé sous les yeux passifs des soldats hébreux. « C’est un dysfonctionnement de la part des soldats, qui considèrent que seule la police israélienne détient le pouvoir d’arrêter des citoyens israéliens,  renchérit Mickaël Sfard, avocat israélien en charge du dossier de Bil’in. C’est une forme d’aide passive. » Cependant, la police israélienne a été appelée par des ONG israéliennes, elles-mêmes contactées par les villageois. «  Ils sont arrivés au bout d’une heure et ont appelé une ambulance, mais ils ont laissé le camion s’en aller et ils n’ont pas arrêté les colons, s'insurge Mohammad Khatib. L’ambulance israélienne nous a conduit au checkpoint de Malin où nous avons attendu une demi heure l’ambulance palestinienne pour nous emmener à l’hôpital de Ramallah. »


Des soldats protègent la barrière de séparation,
confisquant 50% des terres du village de Bil'in.
Les deux hommes ont porté plainte au centre de police de la colonie la plus proche, notamment à l’encontre des policiers israéliens qui n’ont effectué aucune arrestation lors de leur intervention. « Nous avons porté le dossier devant l’Autorité de poursuites des soldats, accusant la police israélienne de négligence active dans ce dossier. Les colonies sauvages sont illégales selon la loi israélienne ,» affirme Mickaël Sfard.

Le village de Bil’in a tout de même été chanceux, car suite aux pressions des ONG, les caravanes installées là pour des raisons stratégiques, ont été retirées. « Si ces caravanes venaient à devenir une colonie, la Haute Cours de justice israélienne devrait revoir sa décision de changer le tracé du mur,» explique l'avocat israélien.

En effet, il y a quelques mois, la Haute Cours a décidé de changer le tracé de cette barrière, considéré illégal car n’étant pas basé sur des contraintes sécuritaires. Suite a cette expérience, les villageois restent sceptiques quant aux négociations : « les israéliens prétendent négocier, mais en fait ils continuent d’étendre leurs colonies et la venue de Bush n’y changera rien, lance Mohammad. il y aura peut être des évacuations d’un ou deux outposts, mais rien d’impressionnant. C’est juste un jeu médiatique. » Assure-t-il. Malgré leur illégalité au regard de la loi israélienne, plus de 90 colonies sauvages de ce type existent en Cisjordanie, sous les yeux passifs du gouvernement israélien. Un sujet chaud parmi tant d’autres, sur lequel le président américain devra se pencher, lors de sa première visite dans la région depuis le début de son mandat.


Nadia S.

30 décembre 2007

L’échec des négociations d’Annapolis s’amorce

Malgré la dernière rencontre entre Mahmoud Abbas et Ehud Olmert jeudi dernier, la pression sur le processus de paix entre israéliens et palestiniens, enclenché lors de la rencontre d’Annapolis, ne cesse d’augmenter. Les problèmes sécuritaires palestiniens et le refus israélien de geler totalement la construction de colonies en Cisjordanie restent des points de discordes insurmontables. Sur le terrain, la violence reprend ses droits.

La rencontre, jeudi dernier, entre le président palestinien Mahmoud Abbas et le premier ministre israélien, Ehud Olmert, à Jérusalem, n’a pas abouti. Les sujets qui fâchent sont nombreux et ne cessent d’éloigner progressivement israéliens et palestiniens d’une possibilité d’accord sur les statuts définitifs. D’une part, le gouvernement israélien refuse de geler totalement l’agrandissement de colonies juives, notamment à l’Est de Jérusalem, revendiqué par les palestiniens comme capitale de leur futur état. Ehud Olmert a demandé, vendredi, au ministère israélien du logement de geler les permissions de construire dans les colonies. Cependant, il refuse d’annuler celles déjà distribuées.

D’autre part, l’exécution, par les forces israéliennes, vendredi à Ramallah, d’un garde du corps de Ahmed Qurei, chef des négociations palestinien, semble tomber comme un avertissement. L’homme décédé était membre de la Force 17, garde rapprochée du président Abbas. Suite à cet affront, quatre combattants palestiniens ont tués deux soldats israéliens en civils à Hébron, dans le sud de la Cisjordanie. Deux miliciens ont été abattus à leur tour par les soldats protégeant les colonies de la ville. Le Jihad Islamique et les Brigades des Martyrs d’al Aqsa, proche du Fatah, ont tous deux affirmer leur responsabilité dans cette attaque. Suite à cela, un colon a écrasé un palestinien de 21 ans samedi, dans les environs de Ramallah. Le parti d’extrême droite des colons israéliens promettait une vengeance pour la mort des deux soldats. En conséquence, Olmert a menacé le gouvernement palestinien de stopper toutes négociations dans le cas où ce type de violences ne serait pas proscrit. « Tant que l’Autorité Palestinienne ne prends pas les mesures adéquates avec l’intensité adéquate, pour combattre les groupes terroristes, l’Etat d’Israël ne peut pas faire de changements qui l’exposerait aux dangers et créerait un hasard sécuritaire. » a-t-il affirmé dimanche devant son cabinet. En réponse, Mahmoud Abbas a appelé toutes les milices palestiniennes à rendre les armes, tandis que Salam Fayyad déclarait lors d’une rencontre avec le président Barak, samedi, être « en deuil pour la mort de ces soldats.» La police palestinienne assure avoir arrêté les auteurs de l’attaque. « En quelques heures, nous avons réussi à arrêter deux membres du groupe derrière l’attaque d’Hébron.» déclare fièrement Riyad Al Maliki, ministre palestinien de l’information, affirmant que cela prouve l’efficacité des forces de sécurité palestinienne. Cependant, les attaques israéliennes contre les factions palestiniennes se sont multipliées ces derniers jours, notamment dans la bande de Gaza où 34 personnes ont été tuées depuis le 13 décembre. La plupart d’entre eux étaient des membres du Jihad Islamique ou du Hamas. Cela s’ajoute aux 49 blessés à Gaza et 9 en Cisjordanie. La colonisation et la violence dans les territoires palestiniens occupés se révèlent en augmentation, creusant peu à peu le tombeau des négociations de paix entamées à Annapolis. L’amorce de cet échec favorise la crédibilité du Hamas auprès de la population palestinienne. En effet, selon un sondage du Centre Palestinien de Recherche et de Sondage sur la Politique publié le 16 décembre, le Hamas avait déjà stabilisé sa crédibilité grâce au peu de confiance accordé par la population palestinienne aux négociations de paix, ceci, malgré la prise de pouvoir de Gaza et la détérioration du niveau de vie dans la bande côtière.

Nadia S.

26 novembre 2007

Annapolis, la conférence de tous les dangers

Les préparations de la conférence de paix au Proche Orient, qui aura lieue à Annapolis ce Mardi 27 novembre, vont bon train. Les invitations sont envoyées aux quatre coins du monde, mais le document joint israélo-palestinien sur lequel la secrétaire d’Etat américaine, Condoleezza Rice insistait lors de ces dernières visites dans la région, n’est pas prêt.

Selon le ministre palestinien de l’information et des affaires étrangères, Ryiad Al Maliki, les modérés de Palestine risquent gros s’ils ne reviennent pas d’Annapolis avec des éléments concrets. « Les israéliens ainsi que la communauté internationale doivent se rendre compte que le camp des modérés en Palestine risque gros si nous rentrons les mains vides de la conférence de Paix d’Annapolis», prévient le ministre

Le ton est donc à l’inquiétude du côté palestinien, notamment suite au refus d’Israël de geler totalement l’activité coloniale en Cisjordanie, en se contentant de stopper les nouvelles colonies, tout en permettant aux anciennes de continuer à se développer. « Avant la rencontre d’Annapolis, les israéliens n’ont qu’à signer un papier qui gèlerait le développement des constructions coloniales, ce qu’ils refusent de faire, s'inquiète Ryiad Al Maliki, rencontré dans son bureau à Ramallah. Notre part du marché concerne la sécurité avec la récolte des armes illégales et le démantèlement des milices que nous avons commencé à mettre en place avec succès. Personne ne pourra nous montrer du doigt et nous dire que l’échec de la conférence de paix nous incombe. Nous avons effectué notre part du marché, les israéliens non» Insiste-t-il.

Légitimité gouvernementale

Concernant la bande de Gaza, et les inquiétudes émises par tout un chacun suite à la perte du pouvoir de l’Autorité Palestinienne dans la bande côtière au profit du Hamas, le ministre renvoi aux difficultés internes israéliennes. Les inquiétudes envers les israéliens se portent sur la stabilité du gouvernement. Si un accord est trouvé, Lieberman et e le parti d’extrême droite Shaas quitteront certainement le gouvernement israélien, ce qui  provoquera de nouvelles élections remettant en question un éventuel accord.

Des deux côtés, les espoirs sont amoindris par une légitimité gouvernementale mise à mal d’un côté par la monté du Hamas et la perte du pouvoir sur toute une partie du territoire, et de l’autre par une coalition gouvernementale bancale et dirigée vers l’extrême droite, opposée à la création d’un état palestinien, qui force Ehud Olmert a être particulièrement vigilant sur les sacrifices que sont près à faire les israéliens en vue d’un règlement du conflit. Tous ses facteurs ont pour conséquences un investissement limité dans le processus de paix.

Cette réalité est mise en avant par la publication par le quotidien israélien Haaretz, d’une ébauche de document joint daté du 17 novembre. Ce document est consternant de légèreté et d’imprécisions concernant les grandes questions du conflit. Les frontières de 67 sont juste évoquées, Jérusalem à peine citée, le statut des réfugiés n’y figurant tout bonnement pas. La volonté d’application de la Feuille de Route semble être une évidence, palestiniens insistant pour qu’elle soit « immédiate et parallèle », israéliens refusant cette mention. Dans cette ébauche de document joint, le gouvernement palestinien demande à ce que la date limite de la signature d’un traité de paix après la conférence d’Annapolis soit de 8 mois, Israël précisant clairement ne pas vouloir « d’accord sur la date limite ». Les résolutions de l’ONU sont évoquées, mais reste à définir si les négociations seront « basées sur », comme le demande les palestiniens, ou simplement « guidées par » ces résolutions, selon Israël.

Des détails qui paraissent insignifiant semblent devenir de véritables barrières qui empêchent tout document joint consistant d’être pour le moment, édité. Malgré la participation de la Ligue Arabe, la réalité d’échec de production d’un document joint israélo-palestiniens, ne permet pas d’espoirs démesurés concernant cette conférence de paix.

Nadia S.

4 novembre 2007

Le Hamas promet un coup d’état en Cisjordanie d’ici un an

Le ministre de l’Intérieur, Abdul Razzaq Al Yahya, a tenté de rassurer les palestiniens, ce mardi, face à une menace grandissante du Hamas en Cisjordanie. Nizar Ryian, un officiel du groupe islamiste avait affirmé la veille, que le Hamas prendrait le pouvoir en Cisjordanie d’ici un an.


De nouveaux rebondissements dans la guerre politique entre les officiels de l’Autorité Palestinienne à Ramallah et les chefs du Hamas à Gaza. Ce lundi, Nizar Ryian leader du Hamas, a assuré à la foule du camp de réfugiés de Jabalyia, dans la bande de Gaza, que d’ici un an, le Hamas aura pris le pouvoir en Cisjordanie. « L’Automne prochain, nous prierons à Ramallah », a-t-il ainsi Nizar Ryian. Cette assurance met d’autant plus la pression sur le président Abbas, qu’Israël semble tester la capacité de l’Autorité Palestinienne à maintenir l’ordre dans ses rues.

Le ministre de l’intérieur, Abdul Razzaq Al Yahya, était en visite à Naplouse ce mercredi, où il a assuré qu’une prise du pouvoir du Hamas en Cisjordanie était impossible car « l’Autorité Palestinienne est assez forte », pour contrecarrer une éventuelle volonté de coup d’état sur le quartier générale du président Abbas. Le Gouverneur de Naplouse a menacé le Hamas de sévères ripostes en cas de tentative de prise de pouvoir dans sa ville, qui reste l’un des foyers du groupe islamiste en Cisjordanie. Les services de police palestiniens assurent qu’aucune information ne vient affirmer l’organisation d’un éventuel coup d’état à Ramallah, mais les soupçons planent et les opérations de police à l’encontre des partisans du Hamas en Cisjordanie se multiplient. Lundi, le Hamas a affirmé que 12 de ses compatriotes avaient été arrêtés à Naplouse, Jénine et Tulkarem.


Un partenaire inédit 

Depuis le mois de juin, le Hamas règne en maître sur la bande de Gaza, suite à une prise de pouvoir violente face aux forces de polices de l’Autorité Palestinienne. En réaction, le président Abbas a opéré une scission politique totale avec le groupe islamiste et tente depuis, de l’affaiblir financièrement et politiquement, par de nombreuses arrestations, mais surtout par le boycott financier des institutions et des officiels du Hamas, d’une part en gelant les salaires de ces derniers et d’autre part en décrétant illégale toute transaction bancaire en direction du groupe islamiste. En effet, depuis dimanche dernier, les responsables de banques qui se rendent coupable d’affaires avec le Hamas sont passibles d’une amende de 150 000 dollars et de 3 à 15 ans de prisons fermes. Le président Abbas cherche ainsi à rassurer Israël et les Etats-Unis sur les limites des transactions monétaires avec des groupes désignés comme terroristes par les pays occidentaux. Selon les déclarations officielles, cette action vise à rassurer les investisseurs étrangers quant à l’utilisation de leur argent dans les Territoires Palestiniens.

L’Autorité Palestinienne met donc tout en œuvre pour mettre à mal le pouvoir du Hamas en Palestine, mais il semblerait que ce dernier ait un partenaire inédit : Israël. C’est ce qu’a affirmé le chef de l’Intelligence palestinienne, Taoufiq Tirawi, dans une interview accordée à une chaîne de télévision israélienne ce mardi. M. Tirawi déclare qu’au vue de l’efficacité de la sécurité israélienne concernant le contrôle de la frontière palestinienne avec la Jordanie, il lui semble impossible que le Hamas puisse se fournir en arme autrement qu’avec l’aide d’Israël. « Israël aide le Hamas en permettant à ses membres de voyager sur des territoires sous contrôle israélien », affirme-t-il. Une information qui, si elle venait à être confirmée, mettrait Israël au cœur d'un jeu dangereux entre Hamas et Fatah, qui ne pourrait conduire qu'à une aggravation de la situation, éloignant toujours un peu plus les possibilités d'accords de paix entre israéliens et palestiniens.


Nadia S.

30 octobre 2007

Hébron victime des colons

Vendredi 19 octobre, L’ONG israélienne B’tselem a publié un rapport édifiant sur la situation sécuritaire à Hébron, dans le sud de la Cisjordanie. L’ONG dénonce l’augmentation des violences commises par les colons et les soldats israéliens, à l’encontre du voisinage palestinien.


L’ONG israélienne B’tselem, dénonce dans son dernier rapport publié vendredi 19 octobre « l’augmentation des attaques de la part des colons et des forces de sécurité israéliennes sur les résidents palestiniens » d’Hébron, ville principale du sud de la Cisjordanie, comptant 160 000 habitants. Selon B’tselem, cette situation est directement dû à la présence d’une nouvelle colonie, installée à la périphérie de la vieille ville depuis 7 mois.

En effet, le 19 mars 2007, un immeuble palestinien en construction a été occupé par une dizaine de colons israéliens (voir photo). « Suite à l’établissement de cette nouvelle colonie, Israël a accru la présence des forces de sécurité qui a eu pour conséquence l’augmentation des abus et des violences de la parts des soldats et des officiers de la police de douane sur la population palestinienne », insiste l’ONG. L’immeuble pris d’assaut est revendiqué par les colons comme étant leur propriété, l’un d’entre eux l’ayant acheté 700 000 dollars. Cependant, le propriétaire palestinien déclare avoir acheté cette terre il y a plusieurs années à Ayub Jaber, qui vit aujourd’hui en Jordanie. Il aurait de plus investit 900 000 dollars dans la construction de l’immeuble et dément l’avoir vendu à quiconque. Tous les deux semblent être en possession des papiers officiels de propriété. Cette discorde a été portée devant la Haute Court de justice israélienne, qui doit donner son verdict fin novembre.

Selon Issa Amro, coordinateur de B’tselem à Hébron, « les colons veulent relier la colonie du centre de la vieille ville à la colonie d’Arb’a, juste à la sortie de la ville. » Dans le voisinage de la nouvelle colonie la vie a changé radicalement depuis ses 7 derniers mois. La rue ou siège l’immeuble a été interdite d’accès aux voitures palestiniennes, alors que les jeeps de l’armée et les bus de colons ne cessent leur allés et venus. « La vie est devenue plus difficile depuis l’établissement de cette nouvelle colonie, témoigne Bassam Juberi, couturier habitant en face de la colonie. En bas de cet immeuble, il y avait une dizaine de magasins qui ont été fermés. De plus, on se fait harceler en permanence, insulter, jeter des pierres par les colons. J’ai été porté plainte mais rien n’est arrivé. La paix n’existe que dans les médias mais pas sur le terrain. Lorsque les israéliens nous considèrerons comme des êtres humains, alors peut être que la paix sera possible. » Conclu-t-il.

Ce harcèlement continu sur les voisins palestiniens n’est pas nouveau. Déjà, dans le cœur de la vieille ville, où 500 colons occupent une bonne partie des maisons, le harcèlement est quotidien, tout comme la présence des soldats. Le tombeau d’Abraham, revendiqué par les juifs israéliens comme lieux saint, est la raison de l’édification de cette colonie. Le souk arabe a été bouclé par l’armée il y a plusieurs années et la majorité des habitants ont fuit ce quartier suites aux accès de violences des israéliens. Les ruelles du souk, désertes, sont recouvertes de grillages, portant parpaings et déchets lancés par les colons sur les passants palestiniens. L’étoile de David est taguée sur les portes des magasins fermés, signe du passage des colons. Il n’est pas rare d’entendre des insultes fusées des fenêtres d’habitants israéliens : « casse-toi sale chien » lancent des petites filles du haut de la colonie sur un homme palestinien. « Se sont les colons mais aussi les soldats qui nous lancent des pierres, de l’eau bouillante, ou de l’urine par les fenêtres, témoigne Abu Ahmed, commerçant dans la vieille ville d’Hébron. Avant la fermeture du souk, je pouvais atteindre 1 000 dollars de chiffre d’affaire par jour. Aujourd’hui, je n’obtiens pas cette somme en une année. Plus personne ne passe par ici. » Se désole-t-il.

La pression opérée constamment sur la population palestinienne force cette dernière à abandonner maisons et commerces, que les colons tentent sans relâches de récupérer. Les israéliens d’Hébron sont réputés pour être particulièrement violent et nombre de leurs concitoyens dénoncent ces agissements, sans qu’il n’y aient d’actions concrètes sur le terrain pour mettre fin à cette situation.

Nadia S.

28 octobre 2007

Israël coupe l’électricité en réponse aux tirs de roquettes

Le ministre de la défense israélien, Ehud Barak, a annoncé, jeudi, la mise en place d’une action d’envergure pour lutter contre les envois de roquettes quotidiens sur le territoire israélien : la coupure de  l’électricité.  Un aveu d'échec de la tactique militaire israélienne. Les habitants palestiniens craignent une crise humanitaire majeure.


Malgré de nombreuses interventions militaires meurtrières dans la bande de Gaza, l'armée israélienne n’a pas réussie à stopper, ni même à réduire le nombre de roquettes artisanales lancées sur son territoire. L’état Hébreu, par le biais d'Ehud Barak, a décidé de couper l'électricité à tout moment, d'abord pendant 15 minutes et puis de plus en plus longtemps à chaque fois qu’une roquette tomberait sur le territoire israélien. La bande de Gaza est en effet dépendante à 60% de l’électricité israélienne.

Punition collective

Les ONG présentes sur le terrain joignent leurs indignations aux doutes de Ban Ki-moon, secrétaire général des Nations Unies, concernant cette « punition collective », contraire aux lois internationales. « Jouer avec l’électricité, c’est jouer avec le feu, prévient ainsi l’ONG israélienne, Gisha, dans un communiqué. « Gaza n’est pas un “pays étranger”, Israël continuant d’opérer un total contrôle sur tous les aspects de la vie dans la bande de Gaza, et y reste donc responsable du bien-être de la population. »

Le député du ministre de la défense israélien, Matan Vilnai, a déclaré à la radio militaire israélienne : « Parce que c’est une entité qui nous est hostile, nous n’avons aucune raison de leur fournir l’électricité plus que le minimum requis pour éviter une crise. » Depuis le mois dernier, la bande de Gaza est officiellement considérée par Israël comme « entité hostile», entraînant la fermeture de nombreux points de passage, empêchant certains types de produits de rejoindre le territoire gazaoui.

Crise humanitaire
Le premier ministre israélien, Ehud Olmert, a promis au président Abbas, lors de leur rencontre vendredi, qu’Israël ne causerait pas de crise humanitaire dans la bande de Gaza. Cependant, la crise est déjà là. « La situation se dégrade et les gens attendent avec impatience de voir ce que va donner la conférence internationale, témoigne Abu Shadi, un habitant de Gaza, affilié Fatah. Dans la vie quotidienne, c’est une catastrophe, on manque de produits de première nécessité. Tout le monde fait des stocks en ce moment. Le prix des viandes, du tabac, de l’essence, des fruits et des légumes ont beaucoup augmenté. On survit grâce à l’aide humanitaire, à la Croix Rouge et à l’UNRWA, mais les ONG ne peuvent pas remplacer une autorité. » s'inquiète-t-il.

La peur est palpable et les habitants restent convaincus que ce blocus israélien a été décidé à leur encontre. « ça n’arrêtera en rien les tirs de roquettes. Insiste Abu Shadi, les dirigeants du Hamas se baladent librement dans les rues. Tout le monde sait que se ne sont pas les brigades du Hamas qui envoient les roquettes sur Israël, au contraire : il y avait plus de roquettes lancées avant la prise du pouvoir du Hamas. » se souvient-il.

Pour le moment, cette sanction n'a pas été utilisée et même si l'angoisse est palpable, les palestiniens n'en sont pas à leur première restriction. La pression sur la population pourrait entraîner une révolte bien plus grande que l'envoi de quelques roquettes.  « On a déjà eu l’électricité coupé, ce ne sera pas la première fois, déclare Jihad, étudiant affilié Hamas, habitant de Khan Younes, dans le sud de la bande de Gaza. Israël veut faire cesser la résistance palestinienne, mais c’est peine perdue.  Ici, chaque jour qui passe est pire que le précédent : ça finira par exploser. »

La bande de Gaza est au bord du gouffre et la pression d’une crise humanitaire majeure plane, à la veille de la conférence internationale pour la paix au Proche-Orient.


Nadia S.

22 octobre 2007

Nabil, traverse le mur illégalement chaque semaine pour travailler en Israël

Nabil, 48 ans, vit dans un camp de réfugiés à Naplouse, dans le nord de la Cisjordanie. Ce père de 5 enfants est travailleur illégal : toutes les semaines il passe la frontière israélienne pour aller travailler à Tel-Aviv. Rencontre.

Pourquoi et comment êtes vous devenu travailleur illégal en Israël ?

J’ai commencé à travailler en Israël en 1980. J’étais peintre en bâtiment à Netanya. C’était très difficile et cinq ans après je suis parti à Tel-Aviv. J’ai travaillé six mois dans le tissu, puis 4 ans dans une usine de prêt-à-porter féminin. Durant la première Intifada j’ai fait 6 mois de prison car j’ai été suspecté d’avoir participer à la révolte. A l’époque, je partais de Naplouse jusqu’à Tulkarem, puis Tel-Aviv. La compagnie du bus israélienne Eagle, venait nous chercher à l’entrée du camp de réfugiés car nous n’avions pas besoin de papiers pour aller en Israël. Après les accords d’Oslo, la police palestinienne a commencé à nous demander des papiers. Le bus venait nous chercher après le checkpoint de Betiba (sortie à l’ouest de Naplouse).

Lorsque la seconde Intifada a éclaté, en 2000, je suis resté travailler à Naplouse pendant trois ans, et puis je suis retourné à Tel-Aviv. J’ai réussi à dégoter des papiers pendant un an, en tant que business man. J’ai fictivement travaillé avec le frère de ma femme qui a un magasin ici et qui dois acheter des produits en Israël pour faire marcher son commerce. Tous les trois mois, je devais réactualiser mes papiers. Et puis ça s’est arrêté. Aujourd’hui, je travail illégalement dans un magasin de prêt-à-porter à Tel-Aviv. Je gagne bien mieux ma vie là bas. Pour un travail de 8 heures par jour avec le weekend, en Israël, je gagne 5 000 shekels par mois. Ici, je dois travailler 10 heures par jour, avec un jour de repos par semaine et je ne gagne que 2 000 shekels par mois. Depuis que je travail en Israël, je suis resté 6 années dans l’illégalité. Mais, si je pouvais trouver un travail à Naplouse, payé à 70% de ce que je gagne là bas, je n’irais pas.

Comment passez vous les contrôles de sécurité ?

Je pars tous les dimanches matin à 6 heures et j’arrive à Tel-Aviv vers 11 heures, en fonction de la situation. Ce n’est pas difficile d’aller en Israël. Nous retrouvons un bus israélien à la sortie de la ville, nous sommes une vingtaine de travailleurs illégaux. Nous payons le chauffeur 140 shekels par personne pour aller jusqu’à Jérusalem. Le chauffeur est un israélien, il emprunte les routes des colons. Au passage du check point de sortie des territoires palestiniens, il passe en faisant un signe aux soldats avec un grand sourire. Ils n’y voient que du feu. Dans le bus, on ferme les rideaux consciencieusement pour ne pas être repéré. Si le chauffeur se fait attraper, il doit payer une amende de 10 000 shekels et il écope d’un mois de suspension de licence de travail. Si il récidive, il va en prison. Si nous, en tant que travailleurs illégaux on se fait arrêter, que nous sommes âgés et qu’ils n’ont pas de dossiers ouvert sur nous, ils nous renvoient en Palestine ou en interrogatoire au poste de Police. Si ils attrapent un jeune, ils le mettent directement en prison. Une fois à Jérusalem, on prends les bus réguliers qui nous emmènent à Tel-Aviv. Normalement je reste une semaine sur Tel-Aviv et je rentre le week-end. Mais ça dépend de la situation. Lorsque les soldats font des incursions prolongées dans mon camp ou dans la ville, et que les habitants sont sous couvre feu, je ne peux pas rentrer alors je reste à Tel-Aviv deux semaines voir un mois parfois. Je dors là où je travail.


Comment organisez-vous votre vie à Tel-Aviv ?

Dans Tel-Aviv, je circule en vélo. Dès que j’aperçois une patrouille de police, je change de chemin. Ils m’ont attrapé deux fois : la première ils m’ont laissé partir, la seconde ils m’ont demandé où j’avais volé mon vélo. J’ai du les emmener au magasin pour leur prouver que je l’avais acheté. Dans les rues israéliennes, quand je suis en règle je me permets de parler en arabe mais quand je n’ai pas de papiers, je ne parle que l’hébreu. J’ai la chance de parler cette langue couramment. A mes débuts à Tel-Aviv, je logeais à 10 Km de mon travail. Tous les jours je prenais le bus. Je m’habillais bien, je mettais des lunettes de soleil et je ne parlais pas en arabe. Ils ne pouvaient pas savoir que j‘étais palestinien mais beaucoup me dévisageaient quand même. J’ai peur de prendre le bus à cause de attentats suicides. Quand un jeune se fait sauter, il meurt, sa maison est détruite, les palestiniens perdent tout à faire ça. Au début on pensait qu’avec ces bombes, les israéliens quitteraient nos terres. Mais aujourd’hui, ça ne nous apporte que des problèmes on ne peut plus aller travailler et on se fait arrêter. Je pense qu’il vaut mieux dialoguer et faire la paix.

Quelle est votre relation avec les israéliens ?

Dans mon travail, ils me respectent et moi aussi. Ils ont besoin de moi. Ils disent souvent que les israéliens travaillent moins bien que les palestiniens. Ils aiment bien embaucher des arabes, ils semblent nous faire plus confiance et puis ils nous payent moins. A Tel-Aviv, les gens commencent à me connaître, ils me disent bonjour et je leur réponds poliment. Ils sont gentils et moi aussi. J’ai des amis là bas, notamment un conducteur juif iraquien que j’aime beaucoup et avec qui je vais à la mer le week-end quand je ne peux pas rentrer chez moi. Tous les juifs ne sont pas pareils, mais il y a beaucoup de racisme anti-arabe en Israël. Tous les jours dans les rues de Tel-Aviv, je vois une femme policier en civile qui, dès qu’elle entends parler l’arabe, elle appelle son central et emmène le fautif au commissariat. Souvent, quand je discute avec les israéliens dans la rue, ils me disent que personne ne veut d’eux alors que nous, les arabes, nous avons beaucoup de terres et qu’on peut aller ailleurs. Je leur réponds que moi, je suis palestinien, je ne suis ni jordanien, ni saoudien, mon pays c’est la Palestine.


Nadia S.
Le 22 octobre 2007, Naplouse

17 octobre 2007

Polémique autour du projet de route dans les territoires palestiniens

Peu avant l’arrivée de Condoleezza Rice au Proche Orient, le gouvernement israélien a annoncé la réquisition de plus de 1 100 dunams de terrains palestiniens pour la construction d’une nouvelle route. La polémique autour de la raison stratégique de cette décision a été l’un des sujets abordés par Mme Rice lors de ses différentes visites.


Le ministère israélien de la défense a réquisitionné plus de 1 100 dunams de terre palestinienne pour la construction d’une nouvelle route permettant de relier les villages palestiniens de la région sud-est de Jérusalem à Jéricho, dans la vallée du Jourdain. Selon l’armée israélienne, ce projet a pour but l’amélioration de la vie des palestiniens. Cependant, le tracé de cette nouvelle route est stratégiquement étudié pour permettre l’annexion à Israël de la plus grande colonie de Cisjordanie : Ma’ale Adoumim, qui compte 32 000 habitants. C’est à ce propos que Mme Rice a prié le gouvernement israélien de ne rien entreprendre qui pourrait « éroder la confiance des palestiniens. »


Quatre villages ont vu leurs terres réquisitionnées : Abu Dis, Arab al-Sawahra, Nebi Musa and Talhin Alhamar. 70% des terres confisquées appartiennent aux habitants du village d’Abu Dis. «Nous avons reçu un avis de saisie il y a une semaine, témoigne Ibrahim Jaffal, le maire d’Abu Dis (sur la photo avec le document envoyé par le gouvernement israélien). Mais ces terres ont été confisquées en 1981 et sont devenues une zone militairement fermée. Depuis, nous n’avons pas le droit d’y mettre les pieds.» Ajoute-t-il.




Cette route vient s’ajouter à la construction du mur à l’est du village d’Abu Dis, complétant celui qui existe déjà, à l’ouest (voir photo à gauche). Ce nouveau mur, en cours d’édification, participera à l’intégration de la colonie de Ma’ale Adoumim à Israël en séparant totalement le village de la zone coloniale (voir photo ci dessous : la colonie derrière les fils barbelés et une nouvelle route d'apartheid se construit).





« Le mur va finir par entourer toute la région sud-est de Jérusalem, qui compte 70 000 habitants, et ils vont continuer jusqu’à ce qu’ils atteignent le village d’Arata, au nord est de Jérusalem. Ils ont déjà commencé à travailler sur les confiscations, constituant en tout, 8500 dunams de la terre de notre village. » Insiste le maire d’Abu Dis.


C’est le fameux « projet E1 » relancé par Sharon en 2005. Le professeur Meir Margalit, coordinateur du Comité israélien contre la destruction de maisons, s’inquiète : « Nous sommes préoccupés par la relance de ce vieux projet israélien qui consiste à construire 3500 logements sur la zone E1 entre Jérusalem Est et la colonie de Ma’ale Adoumim. Si cette connexion se fait, elle coupera la continuité entre le nord et le sud de la Cisjordanie et rendra alors quasi impossible l’établissement d’un état palestinien viable. » Déclare-t-il. L’état Hébreux veut intégrer la route déjà existante entre Jérusalem et Jéricho, et la réserver spécialement aux israéliens. « C’est une nouvelle preuve que nous vivons dans un état qui impose le système d’apartheid », ajoute Meir Margalit.


Les villageois ont 21 jours à compter de ce mardi pour manifester leur mécontentement auprès d’une cour de justice. « Nous avons contacter notre avocat, et nous allons allé devant la Haute Cour de Justice israélienne. affirme M. le maire. « Nous avons déjà réussi à ce que ce sujet soit abordé par Codoleezza Rice lors de sa visite, en espérant que les pressions américaines serviront à quelques choses, même si nous n’avons aucune confiance envers le gouvernement américain. » Pour nombre de points stratégiques, les palestiniens mettent à l’épreuve la crédibilité de la diplomatie américaine et son poids sur les décisions israéliennes.


Nadia S.

16 octobre 2007

Rice rencontre Abbas à Ramallah

Pour sa septième visite de l’année au Proche Orient, la Secrétaire d’Etat américain, Condoleezza Rice s’est longuement entretenue avec le président palestinien, Mahmoud Abbas. Ce dernier a expressément demandé à Mme Rice de faire stopper les activités coloniales israéliennes et la construction du mur d’annexion.

Le président Abbas a réitéré l’unité du peuple palestinien : « Jérusalem Est, la bande de Gaza et la Cisjordanie ne forme qu’une seule et même entité. » déclare-t-il lors de sa conférence de presse avec la secrétaire d’état américain. « J’ai expressément demandé à Mme Rice de nous aider à stopper les activités coloniales israéliennes, la construction du mur d’annexion et la confiscations des terres. » explique-t-il. « Nous travaillons à la préparation d’un document conjoint avec les israéliens. Lors de mon entretien avec Mme Rice, nous avons discuté du statut de Jérusalem Est, des colonies, des réfugiés palestiniens, de la question de l’eau et des futures relations avec l’Etat d’ Israël. Le document conjoint sera basé sur la Feuille de route et sur la proposition de la Ligue Arabe » ajoute Abbas. La feuille de route, rappelons le, était un document lancé par le président Bush en juin 2003 pour mettre fin au conflit israélo-palestinien avant 2005 et comprenant trois phases. Il s’agissait pour Israël de commencer par ne pas entreprendre d’actions qui pourraient « saper la confiance » de palestiniens, comme déclaré ces derniers jours par Mme Rice, et de geler toute activités coloniales, éléments qui n’ont pas été respecté par le gouvernement israélien. Du Côté palestinien, Arafat, à l’époque sous siège à la Moqata’a de Ramallah, a été contraint de signer une constitution palestinienne qu’il avait toujours refusé car les frontières définitives du futur état n’étaient pas connues.

Pour le gouvernement palestinien, il s’agissait de plus, de créer le poste de premier ministre. Cette feuille de route contenait trop de points flous pour être efficace sur le terrain : aucune mention n’était faite concernant les frontières définitives des deux états. La proposition de la ligue arabe, datant de 2002 et réitéré en mars 2007 éxige, pour sa part, le retrait des territoires occupés depuis 1967 en échange d’une normalisation des relations entre Israël et les pays arabes membre de la ligue. Cette proposition figurait déjà dans les pages de la feuille de route, constituant une partie de sa phase deux, avec l’organisation d’une conférence internationale à laquelle serait présents les membres de la ligue arabe. Tous ces éléments ne sont donc pas nouveaux dans les négociations entre israéliens et palestiniens, cependant Mme Rice a assuré que l’heure était importante dans le règlement du conflit au Proche Orient. Elle tente de pousser les deux partis à fournir un document joint pour la conférence internationale sur la paix au Proche Orient qui doit se tenir le mois prochain à Annapolis, dans le Maryland aux Etats Unis. « Cette rencontre sera des plus sérieuse » explique la secrétaire d’état américain, « le président Bush est déterminé et le processus de paix au Proche Orient est une priorité pour les Etats-Unis » rassure Condoleezza Rice. La solution à deux états est selon elle, « dans l’intérêt des Etats-Unis d’Amérique » ainsi que pour toute la région du Moyen Orient. « Les équipes de négociateurs choisis par les deux gouvernement sont professionnelles et j’ai toute confiance en elles pour parvenir à un compromis. » déclare-t-elle. « Nous allons les pousser, des deux côtés à travailler pour construire une confiance mutuelle. Ça va prendre du temps mais j’ai l’espoir que ça fonctionne et que la communauté internationale soutiendra ces efforts. Le temps est venu de créer un Etat Palestinien. » Assure-t-elle. Après un voyage éclair en Egypte, Condoleezza Rice projette de visiter Bethlehem ce mercredi et de s’entretenir avec Tzipi Livni, ministre des affaires étrangères israélienne, avant de s’envoler pour Londres. Malgré ces efforts, la confiance du monde arabe n’est pas au rendez-vous et les critiques fusent en direction de Mme Rice, bien décidée à revenir dans la région avant la conférence d’Annapolis.

Nadia S.

15 octobre 2007

Deux concerts de Bryan Adams annulés

Ce 18 octobre 2007, deux concerts jumeaux, l’un dans la ville palestinienne de Jéricho et l’autre à Tel-Aviv, étaient organisés par l’ONG américaine, One Voice Palestine. Le chanteur Bryan Adams devait y participer, mais suite à des menaces, les deux concerts ont été annulés.


Les concerts du 18 octobre, qui devaient avoir lieux au stade de Jéricho et au Hayarkon Park, en plein cœur de Tel-Aviv, avaient pour but de rassembler « un million de voix pour mettre fin au conflit » et ainsi demander aux leaders de la région l’établissement de deux états mitoyens. La campagne avait récolté plus de 600 000 voix sur le site Internet de l’ONG américaine, One Voice Palestine.

Bryan Adams, le célèbre chanteur canadien, était l’invité d’honneur de ces événements, mais suite à de nombreuses protestations les concerts ont été annulés. « Un communiqué de presse calomnieux a été lancé par un groupe marginal qui a déclenché des rumeurs concernant les motivations de One Voice Palestine. » Déclare l’ONG organisatrice dans un communiqué. Elle accuse ses détracteurs de menaces à l’encontre des chanteurs et déclare avoir annulé le concert par mesure de sécurité.

L’une de ces organisations accusées est l’International Solidarity Mouvement (ISM) : mouvement civil international de protection du peuple palestinien. Dans le fameux communiqué, cette dernière déclare inacceptable que One Voice Palestine « demande aux participants de signer un mandat qui reconnaît l'égale responsabilité des "deux côtés" pour le "conflit"». D'autre part, « L'événement est appuyé par le Likud et le Shas. Ces "partenaires" israéliens sont incontestablement complices du maintien de l'occupation israélienne et autres formes d'oppression. » L’ISM a donc appelé au boycott du concert, le considérant comme une tentative de normalisation de l’occupation israélienne dans les territoires palestiniens. Natasha Aruri, porte parole du mouvement, explique que l’accord de One Voice Palestine « néglige les droits palestiniens de base et le droit international, insiste Natasha Aruri. « Nous sommes pour la paix, mais une paix juste. Nous n’avons jamais menacé qui que se soit, nous avons juste contacter les chanteurs pour leur expliquer les raisons de notre protestation et beaucoup d’entre eux ont annulés leur participation aux concerts. »

Le président palestinien impliqué malgré lui

La raison réelle de l’annulation des concerts ne serait pas sécuritaire. Le bureau de Mahmoud Abbas a diffusé un communiqué deux jours avant l’annonce de l’annulation, réfutant que l'événement ait été préparé avec le soutien du président palestinien. « Il n’y a pas de problèmes majeurs de sécurité, déclare un membre de One Voice Palestine, sous couvert d’anonymat. Le bureau de Mahmoud Abbas a appelé notre ONG pour faire enlever le nom du président des prospectus. Il était très en colère que son nom soit impliqué sans qu’il ne sache rien de l'événement. C’est une erreur majeure de notre équipe et c’est la raison de l’annulation des concerts. » Déclare-t-il.

Le concert de Jéricho devait être le premier événement majeur conduit par un chanteur occidental dans les Territoires Palestiniens depuis le début de la seconde Intifada.


Nadia S.

13 octobre 2007

Palestine: les prix flambent

Les prix dans les territoires palestiniens ne cessent d’augmenter depuis la fin du mois de juillet 2007. Mais cette augmentation vient s’ajouter à celle du mois de Ramadan, durant lequel les prix peuvent passer du simple au double.

Un rapport publié par le Bureau Palestinien des Statistiques montre que les prix à la consommation ont augmenté en cette fin d’été dans les territoires palestiniens. Le taux de hausse atteint les 2,17% au mois d’août 2007 par rapport au mois précédent, atteignant les 4,19% dans la bande de Gaza. « Les raisons principales sont internationales. » Déclare Ziad Toame, Directeur général du service industrie, marché et service du consommateur au ministère palestinien de l’économie. Tout a commencé lorsque le prix du blé s’est emballé en décembre 2006 de manière spectaculaire. « Une tonne importée en Palestine est passé de 250 dollars à plus de 400 dollars, ce qui équivaut à plus de 150 dollars, soit 40% d’augmentation par tonne de blé. » Explique l’économiste. « Les grands pays producteurs de blés comme les Etats-Unis ont augmenté leur prix pour des raisons politique et environnementale : les prix de l’eau et du pétrole, nécessaires à la chaîne de production augmentent. »

Enfin, en dehors des aléas du marché international, l’économie palestinienne est dépendante de l’économie israélienne. La majorité des produits alimentaires vendus dans les territoires occupés proviennent de la production israélienne. Le prix de vente entre Israël et Palestine est le même, mais les revenus des citoyens palestiniens sont nettement plus bas que ceux de leurs homologues israéliens. « Un employé ici gagne environ 2 000 shekels (soit 495 dollars) par mois » explique M. Toame. « Son homologue israélien en perçoit 15 000 (soit 3 700 $) Cependant, au supermarché, ils payent les produit sensiblement le même prix. » 70% du marché palestinien est alimenté en produits israéliens, soit un revenu de 3 milliards de dollars par an pour la production israélienne. « Quoi qu’il en soit, les importations doivent passer obligatoirement par Israël et sont donc sujettes à des taxes. » Explique Ziad Toame. « Dans la bande de Gaza, la situation est décuplée car rares sont les produits autorisés à entrer. De plus, outre la taxe à l’Autorité Palestinienne récoltée par Israël qui en prends 3% pour ses « Services », le gouvernement Hamas demande, aux entreprises importatrices, une taxe supplémentaire prétextant être le gouvernement légitime. Ces conditions atteignent gravement le pouvoir d’achat dans la bande de Gaza. » Continu M. Toame.

Cette hausse s’ajoute à celle de chaque Ramadan dans les territoires. Les prix des produits alimentaires peuvent passer du simple au double. « Personne ne sait réellement pourquoi les prix augmentent pendant le mois de Ramadan. Mais cette réalité dépasse les frontières de la Palestine, la plupart des pays du monde arabe sont touchés par cette tendance. » Avoue Ziad Toame. Fathye, mère de famille du camp de réfugiés de Jénine, au nord de la Cisjordanie se désole : « Le kilo de tomates était à un shekel avant le Ramadan, maintenant, on l’achète à 4 ou 5 shekels. » témoigne-t-elle. « C’est très chère pour nous. Le pain est passé de deux shekels à cinq shekels. Tout augmente pendant le Ramadan et nous ne savons pas pourquoi. » La tendance à la hausse se confirme sur les marchés palestiniens à la veille de la fête de l’Eïd, mais les familles dépensent tout de même leurs deniers pour les cadeaux. Les marchés se remplissent de produits inédits : des paires de chaussures habituellement hors de prix sont vendues à la sauvette : « Chaussures volées en Israël, moitié prix ! » hurle le vendeur. C’est la loi de la débrouillardise qui prévaut.
Nadia S.

29 septembre 2007

Portfolio : Le camp de l'Ein sous le choc

Nous sortons le matin du départ des soldats pour mesurer l'impact des dégâts causés dans le camp de réfugiés.













Il est difficile de se déplacer dans les ruelles recouvertes des restes des maisons détruites et saccagées par les soldats israéliens.









Des étages entiers sont partis en fumée. Les familles des hommes recherchés payent le prix fort : la destruction totale de leur maison.























Les enfants, sortent hagards après trois jours de couvre feu complet. Ils récupèrent ce qui peut l'être, certain garde dans leur regard, la marque de la souffrance. Dans les camps, tout se lit dans les yeux des enfants.











La maison de cette petite fille, à droite, a été occupée par les snipers israéliens. Ils sont entrés chez elle, ont saccagé sa maison et fait des trous dans les murs pour pouvoir tirer sans être vu.




















Beaucoup d'enfants jouent avec ce qui reste des soldats : des grenades qui n'ont pas fonctionnées, où l'on peut lire des inscriptions en hébreu. 









Les visites s’enchaînent chez les habitants du camp de réfugiés. Comment expliquer l'inexplicable ? Que répondre à leurs questions et à leurs témoignages...






Une famille évoque les menaces sur des bébés de 6 mois parce qu'ils crient trop fort à la vue des soldats, Tous rcontent qu'ils ont été enfermés dans une pièce, souvent la salle de bains pendant deux jours sans rien à manger, pendant que les soldats occupent, pillent, saccagent et tirent dans les maisons. beaucoup de jeunes ont été emmené pour "raison de sécurité", la plupart sont des mineurs. 




















Le bilan du côté palestinien est de 19 blessés et deux morts : l'un, jeteur de pierre de 16 ans (dans le drap rouge aux couleurs du Front Populaire de Libération de la Palestine, parti gauchiste palestinien), l'autre handicapé de 38 ans : le crieur du Ramadan, dans un drap vert au couleur du Hamas. Toutes les familles sont affiliées politiquement dans les territoires. Les soldats israéliens ont aussi perdu un soldat au cours de cette incursion
.





Le camps d' Al'Ein relève la tête doucement, fier de dévoiler qu'aucun des combattants que les israéliens étaient venus chercher n'ont été arrêtés.




Nadia S.